Pourquoi je n’utiliserais pas Google DNS

La semaine dernière, Google annonçait officiellement l’ouverture au public de son nouveau service: Google Public DNS. Il s’agit de proposer à tout internaute un service DNS qui se veut offrir une bien meilleure expérience du net à tout les utilisateurs…

DNS, c’est quoi ?

DNS (pour Domain Name System). Il s’agit du système qui traduit les noms de domaines (webd.fr par exemple) en adresses IP (94.23.202.54 pour webd). En effet, les machines ne communiquent que par des adresses IP.

A moins d’être autiste, il est beaucoup plus simple de retenir des adresses textuelles. En fait, il faut voir DNS comme un annuaire du net. Il met en correspondance des noms de site avec des adresses IP. Là où un annuaire téléphonique met en relation des noms de personnes avec des numéros de téléphone.

Ce service DNS est totalement transparent pour les internautes car cela fait partie des services de base lors de la connexion à tout réseau (que ce soit le réseau de son FAI ou un réseau d’entreprise). Et voilà maintenant que Google lance son propre DNS publique et voudrait faire passer tout le Web par ce service.

Pas plus rapide qu’un autre

L’argument de la firme de Mountain View est convaincant de prime abord: le but est d’offrir un service DNS beaucoup plus rapide. Google prétend que, grâce à son infrastructure réseau présente sur toute la planète, ils arrivent à répondre beaucoup plus rapidement aux requêtes DNS que les serveurs traditionnels. Ainsi, la traduction de nom de domaine en adresse IP se fait beaucoup plus vite. Donc, l’utilisateur a une expérience beaucoup plus agréable de son surf (puisque ses pages s’affichent plus vite).

L’argument n°1 de Google concerne la rapidité … Mais dans les faits, ce n’est pas ça du tout ! Enfin bon, nuançons quand même: ce n’est pas ralentissant non plus. C’est juste que je ne vois pas d’apport réel. J’ai fait quelques tests sur différents DNS: Google Public DNS, Free, Neuf et le serveur DNS local du SI sur lequel je me trouve.

Google-Public-DNS-faster

Le résultat est sans appel: le DNS local l’emporte haut la main. Ça s’explique simplement par le fait que je n’ai pas besoin de passer par le réseau Internet pour le contacter. Il est en local avec moi. Et même si on retire cette mesure, Google Public DNS n’arrive premier que dans 2 cas sur 5 (et de peu).

212.27.32.176
Free

8.8.8.8
Google

10.20.40.1
DNS Local

80.118.192.100
Neuf

Amazon.fr 29 23 13 12
Google.fr 29 49 18 12
Webd.fr 29 24 11 27
gandi.net 28 24 9 26
sxc.hu 28 23 9 23
developer.apple.com 30 23 11 12

Donc, pour résumer: utiliser les Google Public DNS quand on a un serveur DNS en local est un suicide. De même, quand un FAI offre des DNS à ses clients, il les place aux plus près de ces derniers: dans son cœur de réseau. A titre d’information: quand on fait une requête DNS avec Google Public DNS, la requête passe aussi par le cœur de réseau du FAI, mais plutôt que de s’arrêter là, elle part sur Internet et arrive sur le réseau de Google. Pourquoi aller si loin?

Bref, dans toutes les mesures que j’ai pu faire (réseau d’entreprise branchée sur Oléane, réseau de l’école, Freebox dégroupée à la maison), Google Public DNS n’est pas plus rapide.

A titre d’information, voici le script bash que j’ai utilisé pour faire ces mesures (largement copié de ce billet)

Pourquoi compliquer la vie de l’utilisateur ?

Je ne sais pas vous, mais moi je suis un adapte du Plug’n’play. J’arrive sur un réseau, je branche mon cable et le DHCP s’occupe de tout … Je n’ai aucune configuration à faire. Pourquoi aller me compliquer la vie à rajouter des entrées DNS à la main alors que mon FAI (ou le DSI de mon entreprise) s’est décarcassé à faire un SI sans configuration requise ?

Quid de l’impact sur les SI d’entreprise ?

Aujourd’hui, Google annonce Google Public DNS. Demain, les utilisateurs quelque peu technophiles vont généraliser l’utilisation de ces DNS sur leurs machines: Ouais, moi j’utilise Google Public DNS, c’est la classe hein ? J’ai pas trop compris ce que ça fait, mais j’ai suivi un tutorial et depuis, il paraît que ça va plus vite

A la limite, à la maison, on s’en fout. Mais en entreprise, c’est un coup à faire exploser les helpdesk des DSI. Quelques exemples concrets: aujourd’hui la plupart des entreprises ont des intranets, serveurs de partage, de facturations, … Bref: des serveurs internes. Pour y accéder, c’est souvent des noms bizzares qui sont utilisés. Par exemple: « poseidon.interne », « rennes.factu », « data.ora » …

Ces noms de domaines ne sont pas connus pas les serveurs DNS publics (à fortiori, par Google Public DNS). Donc, si vous n’utilisez pas les serveurs DNS internes à votre entreprise: vous ne pourrez plus accéder à ces services … J’entends déjà les coups de fils: Le serveur de facturation est innaccessible, vous foutez quoi ??? […] Quoi, c’est même pas compatible avec Google ? Vous êtes des nazes !.

Bon, ça c’est pour le boulot … Vous en voulez pour la maison ? Si vous êtes chez Free, essayez donc d’accéder au disque de votre Freebox HD avec les Google Public DNS … Je sens que la hotline Free va être ravie …

Google-Public-DNS-DSI

Encore un pouvoir de plus pour Google ?

Aujourd’hui, Google est omniprésent dans notre accès internet au quotidien. Demain, si l’utilisation de Google Public DNS se généralise, Google aura un pouvoir fou sur notre navigation: même plus besoin de passer par une de leur page pour qu’ils sachent sur quel domaine on navigue. Plus loin encore: le service peut ne pas répondre de façon honnête. Voir le principe des DNS menteurs (chez Freenews).

Bon, je ne suis pas adepte de la théorie du complot Google-CIA-Francs Maçons-Big Brother … Mais quand même, la je ne vois pas du tout d’intérêt à donner un tel pouvoir à une société …

Don't be evil: la devise de Google

Don’t be evil: la devise de Google

Conclusion

Pour conclure, je dirais simplement que je n’utiliserais pas Google Public DNS: ça ne m’apporte aucun gain de performance, ça risque d’impacter grandement mon expérience utilisateurs au sein des différents SI d’entreprise que j’utilise et ce serait donner trop de pouvoirs à Google.

Par contre, ce service à deux avantages: maintenant je connais une IP simple à pinguer: 8.8.8.8 pour les tests simples de connectivité. Le second avantage, c’est quand je mets en place une infrastructure réseau et que le DNS n’est pas encore fait, je connais une IP de DNS simple: 8.8.8.8. Sinon, je continuerais à faire appel aux services de mon DSI ou FAI.

6 Responses to "Pourquoi je n’utiliserais pas Google DNS"

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  1. Steflinux

    27 septembre 2010 at 10 h 55 min

    Salut,

    Il est également possible d’utiliser Google NameBench pour mesurer la vitesse de ses serveurs DNS :
    http://code.google.com/p/namebench/

    Mais, effectivement, le provider local l’emporte haut la main normalement…

    — Stef

    Répondre
  2. Georges-Pierre Tonnelier

    9 octobre 2011 at 21 h 47 min

    Utiliser des DNS alternatifs à ceux de votre fournisseur d’accès permet surtout d’éviter la censure que celui-ci peut vouloir vous imposer : http://www.skynet.be/actu-sports/actu/divertissement/article/811736/belgacom-telenet-doivent-bloquer-acces-the-pirate-bay

    Répondre
  3. bob

    22 janvier 2013 at 3 h 27 min

    Je réveille cette news par mon message, mais à la date où j’écris (début 2013), les services de Free étant devenu tellement catastrophiques pour les MAJ Apple ou simplement regarder des vidéos sur Youtube dans une qualité qui ne donne pas envie de repeindre son clavier avec le contenu de son déjeuner, me force à reconnaitre que les DNS de l’ami Gougle, fonctionnent à merveille !
    Quel bonheur de lancer un docu, un clip ou un test de matos / jeu vidéo (usw) en qualité max sans aucun freeze.
    Je vais d’ailleurs de ce pas me désinscrire du VPN payant qui me servait à contourner ces limitations pour faire l’économie de 8 € / mensuel.
    Donc si Google, comme je le constate, permet un surf plus rapide et non bridé (ce que je crois) et qu’en plus ça ne me coute pas un rond, les 35 € de Free + 8 € du VPN, soit 43 € mensuel pour avoir une navigation pas toujours top, sont à relativiser.
    C’est con, parce-que ça marchait encore pas mal il y a seulement 1 an ou 2…

    Mais c’est devenu tellement n’importe quoi, que oui j’accepte de venir renforcer un colosse qui n’a pourtant pas besoin de l’être, mais qui me permet de retrouver la qualité de surf que j’avais avant et pour lequel je payais moins cher (avec l’ancienne box d’Illiad).

    Un comble !

    Répondre
  4. Julien

    22 janvier 2013 at 9 h 11 min

    Bonjour Bob,

    Merci pour ton retour. Mais je pense que tu as confondu 2 problèmes différents. La fluidité sur les streamings ne peut être que très (très) peu impactée par un changement de DNS. En effet, quand tu stream du contenu (vidéo par exemple), la résolution DNS n’est faite qu’une seule fois (pour faire simple).

    Dès que tu commence à voir la première image de la vidéo, le processus DNS est résolument terminé (et depuis quelques temps). Ta machine connait l’adresse IP de la machine qu’elle vise. Les ralentissement alors ressentis sont dus à un débit IP insuffisant. Malheureusement, un changement de DNS n’y pourra rien.

    Concernant la qualité du réseau ADSL Free, je te rejoins largement.

    Répondre
  5. bob

    22 janvier 2013 at 9 h 36 min

    Hello, merci pour ta réponse.
    Je suis en train de regarder, et en effet les tests précédents m’ont un peu mis en erreur concernant le stream. Je suis en train d’essayer sur un docu Youtube de 45 mn, en 1080p (enfin… la meilleur qualité streamée qu’ils proposent..) et en effet ça freeze comme sur les DNS de Free.
    Concernant le surf pur, ça a l’air quand même plus réactif. Vu que je passe mon temps sur le web pour mon travail, je pense avoir le compas dans l’oeil là-dessus.

    Le prochain test sera de regarder comment je vais pouvoir télécharger un film sur la boutique de la pomme, ce qui fonctionnait hyper bien il y a 2 ans. Je me souviens de cette rapidité autant pour les films, albums, que pour les MAJ systèmes / logiciels.

    Ah et puis comme avait pu le conseiller Steflinux, je suis allé récupéré NameBench, et le résultat du test m’a donné avec les DNS google en 2ème position derrière un improbable “completel/DartyBox 2 -FR” :) qui était seulement 3.3 % plus rapide.

    Il faudra que je refasse des tests en journée et les soirs en fin de semaine.

    C’est quand même hyper chiant ces histoires. Pourquoi je ne peux pas retrouver la qualité du surf que j’avais chez le même FAI, sans avoir déménagé ??
    C’est le passage en ipv6 ? On perd du temps en faisant passer les paquets dans le tunnel ipv4 ??
    Le nombre d’internautes qui a drastiquement augmenté ?
    Free qui investit exclusivement sur la téléphonie mobile et ne s’occupe plus de la qualité de son réseau et de sa désaturation le cas échéant ??

    Enfin bref c’est pénible.
    Je rejoins donc partiellement ton article pour dire que dans l’immédiat engraisser Google n’a pas répondu à tous mes problèmes (stream), mais il semble apporter un p’tit vent de fraicheur sur la navigation.

    Dernière chose : Pourquoi cette nuit je faisais des pointes à 50Mo/s (oui oui) sur le test de débit de l’admin Free, et que la plupart du temps, je suis déjà heureux si je passe la barre des 150 Ko/s ?
    J’ai même copié le DNS en question du test de débit, pensant qu’il s’agissait d’un serveur spécial que Free ne mettait en ligne que pour flatter les utilisateurs sur leurs pages d’admin.
    Résultat : pas de changement significatif.

    La fatigue ça me rend bavard :)
    Mais qu’est-ce ça peut être pénible d’être fidèle pendant des années à un FAI qui joue plus du tout le jeu….
    Trop d’adhérents chez Free ? Serait-il le temps d’aller voir une structure plus petite qui bichonne un peu plus ses clients ?
    Bonne journée

    Répondre
  6. Julien

    23 janvier 2013 at 17 h 19 min

    Ton ressenti sur le surf est tout à fait possible. Sur une navigation HTTP traditionnelle, on passe beaucoup de temps à résoudre des noms de domaines. Donc, la performance des DNS devient là déterminante.

    Concernant la qualité du réseau Free: c’est une très vaste question. Il faut distinguer les ralentissements au niveau du réseau de collecte (entre toi, ton DSLAM et les infrastructures Free) et les peerings de Free avec les autres opérateurs. Parfois, il y a des soucis sur les 2 …

    Mais au final, tout ceci n’est qu’une histoire de dimensionnement d’un réseau et de ses interconnexions par rapport aux besoins (le nombre d’abonnés en fait). Et si on simplifie encore la donne: c’est une histoire d’investissement financier.

    Après, nous n’avons que des ressentis… Pas de mesure fiable et généralisées dans le temps et l’espace.

    Répondre

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