Tout les matins en arrivant au travail, c’est toujours le même rituel: dès que l’on croise quelqu’un, on tend le bras et on lui serre la main. Un geste très souvent accompagné de la même phrase totalement rhétorique: Salut. Ca va ?. Question qui n’attend d’autre réponse que Ca va et toi ?.
En France, nous sommes les champions de la pratique. Même si nous avons vu une personne la veille, nous lui serrerons la main tout de même. Il n’est pas rare que pendant une courte rencontre (5 minutes dans la rue), la poignée de main se fasse deux fois: à la rencontre et à la séparation. Bref, la poignée de main est un acte d’ouverture mais aussi de fermeture …
Ça se complexifie avec les femmes. Une femme peut très bien serrer la main à un homme (ou une femme). L’acte reste alors totalement formel. Elles peuvent aussi faire la bise. Ce qui, dans ce cas, dénote une certaine proximité (collègues, amis, famille, …). Cette distinction, qui n’existe pas chez les hommes, est souvent à la base de quiproquos.
A l’origine, la poignée de main avait un rôle bien moins sociologique que maintenant. C’était un geste de confiance, prélude obligatoire de toute rencontre dans un climat serein. En effet, la poignée de main (alors plus large que maintenant) servait à vérifier que la personne en face n’avait pas d’arme caché dans sa main ou dans sa manche. Tendre sa main signifiait donc que l’on était «réglo» et qu’il n’y avait aucun souci.
Aujourd’hui, la poignée de main entre hommes permettrait de jauger la personne en face de soi. En effet, une poignée de main ferme et virile imposera beaucoup plus de respect qu’une poignée de main molle. Une étude scientifique faite en 2007 prouve que 65% de la force d’une poignée de main viendraient de prédispositions génétiques. Les 35% restants viendraient tout simplement de l’entrainement.
L’étude va plus loin car elle trouve une corrélation entre la force de la poignée de main et l’épanouissement de la vie sexuelle ou la tendance au harcèlement. Tout ne serait en fait qu’une histoire de confiance en soi. Quelqu’un qui n’a pas une grande confiance en soi n’aurait pas de poignée ferme. Et il est bien connu qu’une vie sexuelle épanouie participe grandement à la confiance en soi. La tendance au harcèlement est, quant à elle, une directe conséquence du manque de confiance en soit.
Bref, quand on sert la main au bureau le matin, ce n’est pas un geste si banal que ça. Un geste lourd d’histoire et de signification.

