Un roman français – Frédéric Beigbeder

Couverture d'Un Roman Francais de Frederic BeigbederEn grand amateur des œuvres de Frédéric Beigbeder, je ne pouvais me permettre de rater la sortie de son dernier livre : Un roman français publié chez Grasset. Après avoir lu Vacance dans le coma, L’amour dure trois ans, Windows on the World et Au secours pardon, je me suis donc lancé dans Un roman français, l’autobiographie romanesque de Beigbeder :

C’est l’histoire d’un homme devenu un jouisseur pour se venger d’être quitté, d’un père cynique parce que son coeur était brisé. C’est l’histoire d’un grand frère qui a tout fait pour ne pas ressembler à ses parents, et d’un cadet qui a tout fait pour ne pas ressembler à son grand frère. C’est l’histoire d’un garçon mélancolique parce qu’il a grandi dans un pays suicidé, élevé par des parents déprimés par l’échec de leur mariage. C’est l’histoire d’un pays qui a réussi à perdre deux guerres en faisant croire qu’il les avait gagnées, et ensuite à perdre son empire colonial en faisant comme si cela ne changeait rien à son importance. C’est l’histoire d’une humanité nouvelle, ou comment des catholiques monarchistes sont devenus des capitalistes mondialisés. Telle est la vie que j’ai vécue : un roman français.


C’est un soir de janvier 2008 que Frédéric Beigbeder se fait arrêter en flagrant délit pour avoir consommé de la cocaïne sur le capot d’une voiture en pleine rue. Il passe alors un peu moins de 48 heures en garde à vue. C’est long 48h dans une cellule. Le temps pour lui de se remémorer ses souvenirs d’enfance oubliés … Et d’en faire un livre.

Un roman français suit deux axes : le premier concerne son arrestation, sa garde à vue et les conditions françaises de détention en général. Le second, plus intimiste, concerne son passé d’enfant et d’adolescent. Il s’agit de tout ce qui à fait que Frédéric Beigbeder est ce qu’il est aujourd’hui.

Ces axes nous montrent deux Beigbeder. L’un moins crédible que l’autre. Le premier Beigbeder cherche à nous convaincre du piètre état de la Justice française. Il veut dénoncer les conditions de détentions et le traitement des détenus. Malheureusement, son discours manque de conviction, de verve. Tout le monde ne peut mener ce genre de combat.

Dans la seconde partie de Un roman français (qui est en fait entremêlée à la première partie), on y découvre un Beigbeder plus mélancolique, plus nombriliste (normal, c’est une autobiographie), mais aussi largement plus convaincant. On y apprend comment l’enfant est devenu à la fois un bon romancier, mais aussi un serial noceur, un oiseau des nuits parisiennes, bref quelqu’un de superficiel, de bling bling.

Cette autobiographie est très bien écrite et plutôt romancée. Le plus agréable, c’est la façon dont Beigbeder intercale des souvenirs d’enfance et leurs conséquences sur sa condition d’adulte. Le roman s’inscrit dans la lignée des précédentes œuvres de Beigbeder par les formules et le style accrocheur. Même si, par moments, on s’ennuie un peu dans la description de souvenirs qui sont communs à tous les enfants de son époque.

Par contre, le fond de Un roman français en fait une œuvre totalement différente des précédents de Beigbeder : plus intime, plus vrais, moins clinquant. Ainsi, ce livre est une lecture que je conseille à tous ceux qui ont apprécié les précédents romans de Beigbeder. Pour ceux qui découvrent l’auteur, un petit passage par L’amour dure trois ans ou Au secours pardon serait peut-être préférable avant.

ISBN: 978-2246734116

3 réactions à l'heure actuelle »

  1. kévin a écrit

    le 1 septembre 2009 à 22:33

    J’ai la sensation que Beigbeder marque vraiment la fin d’une époque pour lui que ce livre est une véritable thérapie. C’est la fin de « Mémoires d’un jeune homme dérangé  » commencé 20 ans plus tôt, j’ai hate de découvrir les prochaines oeuvres de Beigbeder qui seront à mon sens moins edulcolorées moins superficiels.
    Grâce à ce livre il rentre dans une nouvelle ère une nouvelle maturité.
    On sent chez lui une belle sincérité et on comprend mieux qui il est.

  2. Julien Quéré a écrit

    le 2 septembre 2009 à 18:01

    Effectivement Kevin.

    L’idée d’une nouvelle aire Beigbeder est un point que je n’ai pas soulevé …

    C’est vrais qu’on sent un nouvel homme, un homme qui a pris de la bouteille comme on dit (sans mauvais jeu de mot avec sa réputation).

    Est ce que cela va durer ? Je ne sais pas. D’ailleurs, je ne sais pas si je l’espère non plus: j’aime bien l’auteur de Mémoires d’un jeune homme dérangé …

  3. brown a écrit

    le 4 février 2010 à 11:46

    En 1932, le « Prix Renaudot » était attribué à Céline pour son chef-d’oeuvre : « Voyage au bout de la nuit ».

    En 2009, pour…

    On est tombé bien bas, bien bas…

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